Meraki (μεράκι), le professionnalisme passionné

Le travail, mot apparu au XIIe siècle, aurait pour origine le verbe latin trepaliare qui signifie tourmenter ou torturer à l’aide de l’instrument antique formé de trois pieux, le tripalium. Dans les autres étymologies possibles, travailler a également une connotation négative. Trabajo en hispanique exprime la résistance face à l’atteinte d’un but. Le travail chez les moines bénédictins visait notamment à expier le péché originel. Au moyen-âge, le travail de labeur, labor se distinguait de l’ouvrage, opus, plus créatif. Plus près de notre époque, partis politiques et syndicats ont su récupérer, parfois pour la victimiser, la notion de travailleur.

Aujourd’hui, le travail a un sens plutôt neutre et désigne toute activité qui produit ou qui délivre de la valeur. Du reste, il est communément exprimé que le travail peut être une source d’épanouissement pour autant que son environnement soit favorable. C’est d’ailleurs la vocation de nombreux professionnels qui proposent des services dans ce domaine. Pour autant, je pense que cet environnement de travail, s’il est important, ne fait pas tout. En dehors des environnements psychologiquement toxiques, je suis convaincu, que chacun peut se sentir suffisamment investi pour avoir la volonté d’imprimer sa marque personnelle sur son travail, quel qu’il soit. Il y a d’ailleurs un mot grec pour cela : meraki (μεράκι).

Meraki est difficile à traduire avec un seul mot français. Il signifie faire quelque chose avec passion, avec amour et avec beaucoup d’âme. C’est à dire mettre une part de soi dans son travail. Faire chaque chose, de la plus simple à la plus difficile, avec enthousiasme, détermination et un niveau d’exigence constant envers soi-même permet d’amener tout travail au même niveau qu’un art ou un artisanat. Savoir s’en satisfaire permet de développer sa motivation intrinsèque, donc son épanouissement et son efficacité.